Orbec

 

 

 

Un peu d'Histoire

En quelques mots, l'histoire d'Orbec.

Petite ville du Haut Pays d'Auge, Orbec s'est implantée au bord d'un cours d'eau dont elle prit le nom scandinave de ``ruisseau des truites'' après la colonisation Viking.

Son développement fut favorisé par les Ducs de Normandie. Leurs cousins, les seigneurs d'Orbec, participèrent de très près au gouvernement anglo-normand, jusqu'au rattachement de la Normandie au Royaume de France

Pendant la guerre de Cent Ans, la ville fut ravagée et le Roi de France, Charles V, ordonna le démantèlement de son château tenu par Charles le Mauvais. Sans place forte, Orbec assura cependant sa puissance. Erigée dès le XIe siècle, la vicomté d'Orbec fut élevée au rang de Baillage en 1583. Sa juridiction la plus importante de Normandie, s'étendit jusqu'à la Révolution au delà de Lisieux et de Bernay.

Le Baillage d'Orbec attira un riche milieu de lettrés et de bourgeois qui modelèrent la cité. Au XVIIe siècle, une nouvelle noblesse de robe construisit d'imposants hôtels particuliers et participa au renouveau religieux de la Contre-Réforme en rétablissant l'Hôtel-Dieu Saint-Rémy et en fondant un couvent de Capucins et un prieuré de religieuses de Saint Augustin.

Au milieu des terres fertiles de la vallée, le puissant débit de l'Orbiquet avait permis dès le Moyen Age la construction de nombreux moulins. Ils se multiplièrent, secourant toujours une agriculture prospère. Au XIXe siècle, l'industrie textile connut un grand essor, bientôt relayée par des cidreries et des laiteries fromageries dont la tradition se perpétue encore aujourd'hui.

Les Origines d'Orbec

 

 

Le lieu choisi pour implanter la ville d'Orbec, au creux de la vallée d'un affluent de la Touques et au débouché du vallon du ruisseau de la Vespière bénéficiait de conditions de vie favorables; eau, abri, nourriture, auxquelles s'ajoutaient la fertilité de l'humus et l'affleurement de matériaux de construction faciles à extraire: marne, argile, silex, grès et poudingue, sans oublier les abondantes forêts de feuillus.

Il fut désigné après l'invasion normande (IX ème siècle) sous le nom scandinave du Bec de l'Or la rivière de l'Or, sans que nous puissions déterminer avec certitude si Or correspondait au mot pré celtique qui signifie lui-même "ruisseau", ou si Or était le mot scandinave "truitesflêche," formant le mot composé la Rivière des truites, nom de lieu et de famille connu en Norvège.

Henri Pellerin résumait ainsi les origines d'Orbec:

Au premier habitat constitué par les grottes creusées dans la marne du coteau de la Vespière, succéda à l'époque gauloise une agglomération en bordure de la voie de communication de Lisieux à Montreuil et Evreux (la rue Grande actuelle) dominée par la motte garnie de palissades et surmontée par une tour de bois, dans le champ visuel des mottes de Bienfaite et de Friardel. Sous l'occupation romaine, un castrum, camp permanent où résidait une garnison, fut établi à l'ouest de la rue Grande, partagé en son milieu par la rue des Champs. Orbec était alors sans doute un vicus, sorte de sous-préfecture de la cité des Lexovii. Aux premiers temps du christianisme (VII -VIII ème siècle) Orbec devait avoir deux églises de fondation monastique Notre-Dame et Saint-Pierre qui furent détruites lors des invasions vikings, seule l'église Notre-Dame fut reconstruite.

Malgré ce scénario des plus classiques, les origines d'Orbec demeurent obscures. Des haches polies trouvées disséminées sur Orbec, la Vespière et Saint Germain la Campagne, des objets de bronze (pointe de flèches, hache à talon, bracelet) découverts à Orbiquet, non loin de la Fontaine Gauville, et surtout des tombes mérovingiennes au mobilier caractéristique (plaques-boucles de ceinture, haches et scramasaxe) mises au jour à Launay en 1870 au moment de la construction de la voie ferrée, témoignent d'une occupation humaine, sans permettre d'en connaître ni l'importance ni la localisation.

Si l'existence de la voie de communication paraît établie, aucune découverte de substruction gallo-romaines dans la ville ne confirme l'implantation d'un castrum, et la motte pour sa part bien visible ne livrera son origine gauloise ou simplement normande qu'après avoir été fouillée. L'histoire des églises d'Orbec est encore plus problématique. En effet, il est étrange de constater qu'une tradition a perduré à travers les écrits des historiens d'Orbec, de Jobey à Henri Pellerin, faisant état de deux églises dont une seule aurait été maintenue.

Jobey écrivait vers 1760:

"J'ai entendu conter à des gens qui je croix n'en savaient pas grand chose, que la ville était anciennement plus au nord, dans un grand herbage qu'on nomme communément les Herriers. D'autres disent à Orbiquet, hameau éloigné d'un bon quart de lieue de la ville; que ce hameau s'appelait Orbec lui-même, mais que cette ancienne ville avait été détruite, rebâtie et comme repoussée à l'endroit où elle est aujourd'hui, la nouvelle prit le nom d'Orbec et l'ancienne celle d'Orbiquet, par diminutif. Mais ce sont de pures fables, sans probabilités, sans apparence dont on aurait bien de la peine à apporter la moindre preuves.

Plus affirmatifs, Guilmeth en 1850 et Lacour en 1867, n'hésitaient pas à évoquer sans preuves une Église Saint-Denis, supprimée en 1125 par les moines du Bec, dont on voit quelques vestiges sur le chemin de Bienfaite~.

Ces vestiges ont disparus, mais en 1674, prés des fameux Herriers, qui désignaient les prairies inondables de Beauvoir, était mentionné un Chemin des vieilles rues" indiquant semble-t-il un habitat déserté sur la rive gauche de l'Orbiquet, qui pourrait être mis en relation avec le cimetière mérovingien de Launay, situé comme il se doit à l'écart et à flan d'une colline bien drainée.

Dans l'attente de nouvelles découvertes, nous en sommes réduits à constater que ce n'est véritablement qu'à partir des ducs de Normandie que l'histoire d'Orbec peut être écrite, à l'époque où le site, déjà apprécié, fut rebaptisé ou baptisé.

ORBEC dans le Duché de Normandie

En 1030, dans la lignée de Rollon, Robert 1er Duc de Normandie cédait Orbec et ses dépendances Bienfaite, Le Sap et Meulles, à son cousin Gilbert, Comte de Brionne, fils de Godefroy Comte d'Eu, aîné des fils naturels de Richard 1er. Pour être ainsi données, les terres d'Orbec devaient faire partie du domaine des ducs, et selon leur volonté de disperser les fiefs pour assurer et étendre leur puissance, elles furent accordées à l'un des membres de la famille qui possédait déjà d'importants biens dans le duché.

Après l'assassinat vers 1035 de Gilbert, auquel avait été confié la tutelle de Guillaume le Bâtard, ses deux fils, Richard et Baudouin, après quinze ans d'exil en Flandre, revinrent en Normandie à la faveur du mariage de Guillaume et de Mathilde de Flandre et retrouvèrent une partie de l'héritage paternel; l'aîné Richard recevant Orbec et Bienfaite, le cadet Baudouin Meulles et Le Sap, tandis que Guillaume choisissait de conserver Brionne.

Ils accompagnèrent Guillaume à la conquête de l'Angleterre et restèrent dans son entourage, Richard devint Grand Justicier du royaume et à la fin du règne de Guillaume, d'après le Domesday Book, il possédait de vastes territoires, soit cent quatre vingt neuf manoirs et bourgades, dont quatre vingt quinze dans le Suffolk avec la ville de Clare, d'où le titre de comte de Clare que prirent ses descendants et la ville de Tunbridge dans le Kent où il fit construire un château considérable, encore visible aujourd'hui. Ce puissant personnage fut bienfaiteur de l'abbaye bénédictine du Bec-Hellouin à laquelle il fonda vers 1090 en Angleterre le prieuré Saint-Jean de Clare.

Hellouin qu'une tradition fait naître à côté d'Orbec à Cernay, avait été vassal et compagnon d'arme de son père Gilbert et dès la fondation de son abbaye en 1033, il avait donné sa terre de Cernay, avec l'église et les dîmes. Il y établit un manoir, jamais promu au rang de prieuré, qui existe encore. Il comprend un logis du XIIIème siècle, remanié au XV ème siècle, une chapelle attenante et une vaste grange enchâssée dans des murs de briques du XIXème siècle. Il forme un ensemble presque complet de ce que furent jusqu'à la Révolution ces petits et si nombreux établissements monastiques.

Des cinq fils de Richard, le second Roger hérita d'Orbec et fut bienfaiteur de la Léproserie de la Madeleine, fondée vers 1125 au sud-est de la ville sur le chemin de Friardel à mi-pente du coteau. Elle disparut après avoir été rattachée à l'Hôtel-Dieu Saint-Rémy en 1688.

Après la mort de Roger qui suivit celle de ses deux fils en Palestine, tous ses biens furent transmis à son neveu Gilbert de Clare, comte de Striguil et de Pembroke. Celui-ci, au moment de la succession d'Henri 1er Beaucler, embrassa la cause d'Etienne de Blois et entreprit de son château d'Orbec des expéditions contre les partisans de Mathilde qui occupaient la cité d'Exmes. Ce mauvais choix dès lors que le parti angevin de Mathilde se rendit maître du duché, lui valut la confiscation de l'honneur d'Orbec, accordé vers 1138 à Robert de Montfort.

Robert marié à Clémence de Fougères, petite fille par sa mère du premier Richard d'Orbec, parvint en quelque sorte à légitimer sa possession. Mais, après avoir réussi à reprendre en 1153 son fief de Montfort en emprisonnant dans sa forteresse d'Orbec, son rival et oncle Waleran de Meullent, il s'engagea dans la révolte de Henri le Jeune dit Court Mantel contre son père Henri Il Plantagenêt, et perdit en représailles ses honneurs d'Orbec et de Montfort en 1173

Henri II restitua alors le fief d'Orbec au fils aîné de son précédent seigneur Gilbert de Clare, à Richard de Clare, de Striguil et de Pembroke, qui s'était vaillamment illustré en conquérant l'Irlande en 1170. De son mariage avec Eva fille du roi d'Irlande, Richard avait une fille unique Isabelle qui, mineure à sa mort en 1177, fut placée sous la garde noble du roi et fut donnée en mariage en 1189 par Richard Cur de Lion, à Guillaume le Maréchal.

Isabelle de Clare, comtesse de Pembroke, de Striguil, de Longueville (du fief du Pays de Caux transmis dans la famille depuis la femme de Richard d'Orbec) et d'Orbec était alors considérée comme le plus beau parti du moment et son mariage allait servir à établir celui qui, encore chevalier sans terre et sans fortune, deviendrait au yeux de Philippe Auguste "le meilleur des chevaliers, le plus loyal que j'ai jamais connu, en quelque lieu que je fusse".

D'après L. Rioult de Neuville, les Barons d'Orbec, in Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, T, XXX, 1880.